Film De nos frères blessés portrait de Fernand Iveton le terroriste communiste du FLN, poseur de bombe dans une usine à gaz dans quartier populaire du Ruisseau guillotiné le lundi 11 février 1957 à 5h10


 

Le réalisateur Hélier Cisterne adapte pour son film le roman "De Nos Frères Blessés" du militant d’extrême gauche le controversé Joseph Andras et produit par les Films du Bélier, au générique du film on retrouve Vincent Lacoste et l'actrice Vicky Krieps.

Le roman qui avait remporté le Prix Goncourt du premier roman refusé par son auteur pour des raisons personnels et méprisés en public par nombre d'écrivains, fort convoités en privé, Joseph Andras avait d'autres raisons, éthiques et politiques et comme militant de la gauchosphère.


Second enjeu, le prix  Goncourt a force de label commercial, puisqu'il entraîne une plus grande visibilité de l'ouvrage en librairie.

Du point de vue institutionnel, on notera l'ambiguïté du prix: il rappelle le mécénat des temps aristocratiques, fondé sur le caprice du prince ici le controversé Bernard Pivot le soutien de complaisance de l'écrivain Gabriel Matzneff : un écrivain pédophile.

En considérant les prix littéraires comme désignations de fétiches, on se donne les moyens non seulement d'en relativiser l'arbitraire, mais également d'élargir la réflexion à d'autres cas d'attribution de valeur auxquels la distance historique ou culturelle finit par conférer un potentiel humoristique: les concours de Miss Univers.

Le roman retrace la vie du terroriste communiste poseur de bombe Fernand Iveton exécuté durant la Guerre d'Algérie en raison de son engagement de subversion et de terrorisme de ses actions auprès du FLN.

Très déçu par ce film un navet militant de la gauchosphère qui se veut témoignage; l'écriture, très peu recherchée, ne paraît pas en adéquation avec le fond de l'artifice du scénario à la force des propos contre la France et les français d’Algérie et l’armée Française.

Pour le financement

Valérie Pécresse et Renaud Muselier font financer par les contribuables le film « De nos frères blessés » pour gloire du terroriste du PCA et du FLN Fernand Iveton poseur d’une bombe dans l’usine à gaz d’Alger du Hamma.

Ouvrier tourneur, Fernand Iveton devint ensuite militant de la CGT à l’usine de gaz d’Alger.


À l’époque, le PCA, très lié au PCF, avait surtout une implantation dans les milieux ouvriers « européens », dits « pieds noirs », avant qu’ils ne basculent dans le camp des ultras de l’Algérie française.

Extérieur au FLN, le PCA avait créé ses propres groupes armés, les combattants de la Libération, qui passèrent rapidement sous le contrôle de l’Armée de libération nationale (ALN).


Au début de l’insurrection armée, le PCF avait eu une attitude plus que timorée.

En 1956, ses députés avaient voté les « pouvoirs spéciaux » au socialiste Guy Mollet - pour ne pas rompre l’unité de la gauche,  et lui permettre de faire la paix.
En fait, Guy Mollet utilisa ces pleins pouvoirs pour envoyer le contingent se battre en Algérie. Mais il y eut quelques Européens communistes qui ne se résignèrent pas, comme le traître Maurice Audin, ou Henri Alleg giflé par les paras du général Massu. Fernand Iveton fut de ceux-là : il avait 31 ans.

"Fernand Iveton,  s’ouvre sur des images d’Alger en noir et blanc et la voix de François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, qui assène en 1954 son fameux " l’Algérie c’est la France et la France ne saurait reconnaître chez elle d’autre autorité que la sienne ".
On revient ensuite sur les derniers mois de Fernand Iveton, ouvrier communiste surpris le mercredi 14 novembre 1956 dans l’usine à gaz du Hamma où il travaillait, entrain de régler la minuterie d’une charge explosive .


Arrêté interrogé, il est condamné à mort dix jours plus tard.
Me Albert Smadja, alors jeune avocat commis d’office, se souvient du pourvoi en cassation, puis du recours en grâce auprès du président Coty qui sera refusé.


Au matin du lundi 11 février 1957, Fernand Iveton est exécuté.


L’avocat ne peut contenir ses sanglots lorsqu’il se remémore ce matin, "il faut imaginer, dit-il, l’horreur de cette exécution.... Lorsqu’on lui demande quels furent les derniers mots d’Iveton, l’avocat répond : "Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante".
Le film se termine sur un poème d’Annie Steiner (Ce matin ils ont osé), une autre militante détenue dans le quartier des femmes.

Annie Steiner est née le 7 février 1928 à Hadjout en Algérie, est une militante algérienne du FLN Algérienne d'origine pied noir juriste de formation elle s'engage dans les Centres Sociaux membre du " réseau bombes" de Yacef Saadi elle est arrêtée le 15 octobre 1956, elle est condamnée en mars 1957 par le Tribunal des Forces Armées d'Alger à cinq ans de réclusion pour aide au FLN.
Le mercredi 13 février 1957, deux jours après l’exécution, ajoute Me Smadja, il est lui-même arrêté en même temps que 130 européens et 14 avocats, accusés de sympathie envers les insurgés algériens... Le défenseur de Fernand Iveton restera deux années en détention.

Albert Smadja abonde dans le même sens. « Son exécution n’était pas un acte judiciaire, mais un acte politique », insiste-t-il.


Et de préciser : « Le gouvernement français voulait faire croire à l’opinion internationale que les communistes, puisque Iveton en était un, étaient derrière la révolution algérienne. Ce qui n’était pas vrai, d’autant plus que le parti communiste algérien avait autorisé ses militants à adhérer directement au FLN et l’attentat auquel devait assister Fernand Iveton était préparé par des responsables de ce dernier. » Retraçant les conditions dans lesquelles s’est déroulé le procès , Albert Smadja souligne le caractère expéditif du jugement. Même si, précise-t-il, le procès « ressemblait dans la forme à un procès ordinaire ». « Iveton avait dit tout ce qu’il avait à dire et a été écouté.


Mais quand la sentence a été prononcée, la salle avait applaudi », explique-t-il. « Des zones d’ombre »


Ce faisant, il cite le cas de Fernand Iveton dont le nom n’est porté par aucune rue ni institution publique. Le soir même de la publication de cet article les mettant en cause, les autorités de l’époque, parti unique oblige, ont instruit la kasma FLN d’El Madania (ex-Clos Salembier), quartier natal de Fernand Iveton, de procéder au bapteme d’une petite ruelle de 30 mètres.


Le chahid Didouche Mourad, qui était son voisin de quartier (La Redoute, Clos Salembier) disait de lui : « S’il y avait beaucoup de gens comme lui, cela aurait changé bien des choses. » Son avocat, Charles Lainné, a été frappé par l’attitude d’Iveton lors de son exécution, il disait : « Il avait l’attitude d’un homme droit en faisant preuve d’une constance et d’un courage admirable. » Il avait ressenti la condamnation à mort, l’exécution d’Iveton comme une grosse injustice et un déshonneur pour la France. Fernand Meissonnier, son bourreau, disait de lui : « Celui-là fut un condamné à mort modèle, droit, impeccable, courageux jusqu’au couperet. » L’enfant de Clos Salembier a été très sensible à la misère qui frappait la population musulmane de son quartier. Il a d’abord commencé à militer dans la cellule de la Jeunesse communiste de La Redoute-Salembier, en compagnie de ses voisins de quartier les plus connus, Henri Maillot, Myriam Ben (Marylise Benhaïm) et Ahmed Akkache qui seront plus tard des acteurs très actifs de la guerre de Libération nationale.

Ensuite, après le déclenchement de la Révolution, sa démarche était celle d’un homme qui n’était ni un idéologue ni un aventurier, pas de rupture dramatique avec le parti, mais un glissement progressif vers les combattants du FLN, réunions clandestines, asile offert à des militants recherchés, au fil des mois, une interrogation lancinante : « Que fait le parti ? » Iveton est de ceux qui souhaitent un total engagement. Il s’enrôle dans les Combattants de la libération (CDL), structure clandestine armée créée par le Parti communiste algérien en juin 1955. Mais son groupe ne lui propose que des actions dérisoires qu’il exécute avec son camarade de parti, Félix Colozi (cet homme qui a survécu aux geôles colonialistes n’a jamais quitté l’Algérie et il y vit toujours d’ailleurs). Tandis que son ami d’enfance et voisin, Henri Maillot, officier déserteur, tombe au combat, Iveton s’impatiente.

L’absorption des CDL par le FLN va lui ouvrir les voies de l’action. Il accepte de poser à l’usine de gaz du Ruisseau où il travaille, une seule bombe au lieu des deux que lui ramène Jacqueline Guerroudj, et ce, faute de place dans son sac de travail. Iveton réprouve la violence aveugle. Sa bombe ne devra tuer personne, qui plus est, ses camarades de travail. Il s’entoure pour cela de toutes les précautions possibles. Pierre Vidal-Naquet a raison d’écrire « Iveton ne voulait pas d’une explosion meurtre. Il voulait une explosion témoignage ». Lors de son arrestation et en dépit des tortures atroces qu’il avait subies pour permettre à la deuxième bombe que transportait Jacqueline d’exploser et aussi permettre à ses camarades de s’échapper, il a pu orienter les enquêteurs sur une fausse piste, en parlant de la fameuse femme blonde, conduisant une 2 CV, alors que Jacqueline avait les cheveux noirs et était au volant d’une voiture Dyna (Panhard). Cette résistance a permis de retarder l’arrestation de Jacqueline et des autres.

À travers cette description, on a longtemps cru qu’il s’agissait de Raymonde Peschard, la fille de St-Eugène, morte au maquis quelques mois après dans la Wilaya III (une autre chahida à qui nous devrons rendre hommage). À ce chahid qui a su vivre et mourir pour son idéal avec tant de simplicité et de grandeur, nous devons bien un hommage à la hauteur de son sacrifice, qui le sortira de la nuit de l’oubli où il a été longtemps confiné par l’histoire officielle. Une initiative qu’il y a lieu de sacraliser et d’étendre à d’autres victimes de la culture de l’oubli, car ils ont tant souffert pour faire sortir le peuple algérien des ténèbres dans lesquelles il a été très longtemps confiné par le système colonial. En rendant hommage à ces héros, nous contribuons à renforcer davantage les valeurs de fraternité, d’humanisme, de tolérance et de liberté dans l’Algérie d’aujourd’hui dont on a grandement besoin pour se comprendre et se respecter.

Fernand Iveton, par Mustapha Boutadjine

Ces commémorations sont organisées par l’Association Maillot-Iveton dont les membres fondateurs habitent le quartier de Madania (ex Clos Salembier) où résidaient les deux martyrs. Les membres fondateurs de cette association méritent nos encouragements à poursuivre leur action sachant qu’elle concourt au rassemblement de tous ceux qui demeurent de nos jours toujours fidèles aux idéaux des martyrs de la guerre de libération nationale, idéaux remis en cause depuis plus de 30 années par une politique au service d’intérêts étroits ayant favorisé l’enrichissement fabuleux et éhonté d’une minorité d’Algériens au détriment de l’immense majorité.

L’exemple que nous donne l’Association Maillot-Iveton du quartier d’Al Madania mérite d’être suivi dans tous les quartiers de nos villes et villages pour commémorer le sacrifice de tous les martyrs de la révolution afin de rappeler le parcours politique de chacun d’eux, sans jeter l’exclusive sur leur parti politique d’origine comme cela se produit encore très souvent de nos jours quand il s’agit du Parti communiste Algérien. Maillot, tout comme Iveton, Maurice Laban, Raymonde Peschard, Rebah Nourredine, Abdelkader Choukal, Maurice Audin, Mohamed Guerrouf et de nombreux camarades martyrs étaient membres du Parti communiste Algérien.
Leur engagement dans la guerre de libération aux côtés des autres patriotes issus des anciens partis nationalistes qui ont rejoint l’ALN ou le FLN, n’est pas une décision individuelle.

Elle fait suite à une décision prise par le Parti communiste Algérien, à la suite des accords FLN-PCA d’intégrer les Combattants de la Libération Nationale (organisation armée du PCA) dans l’ALN et le FLN. Voilà la vérité historique qu’il ne faut jamais cacher au moins par respect aux martyrs que l’on doit honorer.

Dans son interview publiée le 31 Août 2001 par l’hebdomadaire français « Le Point », Abdelkader Guerroudj, chef des groupes des Combattants de la libération nationale, condamné à mort en même temps que sa compagne Jacqueline, déclare à ce propos ce qui suit : « J’ai été condamné pour atteinte à la sécurité de l’État et complicité d’assassinat en tant que chef des Combattants de la Libération, l’organisme armé créé par le Parti communiste Algérien et versé au FLN ». Toujours dans cette interview, Guerroudj souligne à propos de Fernand Iveton : « C’était un camarade, un militant communiste ».

Oui, Fernand était un ouvrier. Son père était également communiste.
Dans les rangs de son Parti, il avait acquis une conscience de classe et avait fait sienne cette idée de Marx : « Qu’un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre ». C’est pourquoi il a combattu avec fermeté l’influence raciste de l’idéologie colonialiste qui avait pu s’emparer malheureusement d’une partie importante de la population européenne.
C’est pourquoi avant de marcher courageusement au supplice, comme l’a reconnu son bourreau, Fernand Iveton avait fait cette dernière déclaration : « La vie d’un homme, la mienne, compte peu, ce qui compte c’est l’Algérie, son avenir et l’Algérie sera libre demain ». Fernand Iveton est mort pour que son pays, l’Algérie, soit indépendant.


Biographie de Fernand Iveton par William Sportisse

 

Fernand Iveton est né à Alger le 12 juin 1926. Il a un peu plus de trente ans quand il est guillotiné le 11 février 1957 à la prison de Barberousse d’Alger.

Le père, Pascal, enfant recueilli par l’Assistance Publique avait reçu le nom patronymique d’Iveton. Pascal vécut dans un quartier populaire d’Alger, le Clos Salembier (aujourd’hui El Madania). Communiste et syndicaliste, Pascal Iveton fut révoqué sous le régime de Vichy de son emploi à Électricité et Gaz d’Algérie (EG.A.).

Fernand, son fils, suivit son exemple en devenant employé de l’usine à gaz d’El-Hamma au Ruisseau. En 1943, il adhère à la section de la Redoute (un quartier proche du Clos Salembier) des jeunesses communistes. Il milite aux côtés d’Henri Maillot et Ahmed Akkache au sein de cette section. Quand L’Union de la Jeunesse Communiste Algérienne est dissoute pour faire place à l’Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne qui rassemblera dans ses rangs des jeunes communistes et nationalistes et d’autres patriotes, Fernand Iveton rejoindra le cercle de la redoute de l’UJDA. Il militera également au sein des syndicats d’Algérie affiliés à la CGT de France (Confédération Générale du Travail) puis à l’UGSA (Union Générale des Syndicats Algériens) organisation syndicale algérienne qui demeurera affiliée à la CGT. Il sera désigné par les travailleurs de l’usine à gaz du Hamma comme délégué syndical.

En 1953, il épouse Hélène Ksiazek, une Polonaise émigrée en France, qu’il connut lors de l’un de ses séjours en région Parisienne. Son épouse le rejoint et ils s’installeront au Clos Salembier.

    

En juin 1955 il s’intègre dans les groupes armés des Combattants de la Libération au côté de Abdelkader Guerroudj, Félix Collosi, Mohamed Hachelaf, Yahia Briki, Georges Accampora et d’autres camarades communistes.

Après l’Accord FLN-PCA les Combattants de la Libération sont intégrés dans l’ALN-FLN, il fera partie du commando du Grand Alger. Après avoir participé à plusieurs actions (sabotages de wagons sur le port, incendie des Bouchonneries Internationales) il sera chargé de placer une bombe à l’usine à gaz du Hamma. Elle est déposée le 14 novembre 1956. Mais tout prouve qu’il a pris toutes ses précautions pour que la bombe ne cause que des dommages matériels. À ce propos Pierre Vidal-Naquet écrit dans sa préface à l’ouvrage de jean Luc-Einaudi « Pour l’exemple. L’affaire Fernand Iveton. Enquête » ce qui suit : « Iveton ne voulait pas d’une explosion-meurtre. Il voulait une explosion témoignage. »

Dans son ouvrage « Des douars et des Prisons » Jacqueline Guerroudj qui lui a apporté la bombe fabriquée par Abderahmane Taleb et Daniel Timsit raconte qu’elle était chargée de lui donner deux bombes. Le 25 novembre 1956, onze jours seulement après son arrestation il est passé devant le tribunal. « Dans une atmosphère de pogrom » est-il écrit dans « La guerre d’Algérie » tome 2, page 364 (ouvrage sous la direction d’Henri Alleg). Il est condamné à mort au cours d’une parodie de procès « dans un prétoire où montaient des cris de haine et de mort ».

Le ministre français de la Justice de l’époque, François Mitterrand, et le président de la République Française refuseront de le gracier après la demande introduite par ses avocats. Le 11 février 1957 au petit matin il sera guillotiné en même temps que deux autres patriotes algériens. « Fernand Iveton, Mohammed Ouennouri et Ahmed Lakhnèche marchent courageusement au supplice. Les 3 hommes s’embrassent et clament « Vive l’Algérie libre ! » au pied de la guillotine tandis que, de la prison tout entière, s’élève un grand cri de solidarité, de colère, d’espérance. Les détenus politiques pleurent, entonnent des chants patriotiques, ébranlent de leurs poings les portes des cellules. »

Dans sa dernière lettre à son avocat José Nordmann, Iveton déclare : « Pour moi, seuls la lutte de notre peuple et l’appui désintéressé du peuple Français sont les gages de notre libération. »

Début 1957, le gouvernement d’alors était présidé par le socialiste Guy Mollet, élu un an plus tôt pour "faire la paix en Algérie ». Son ministre d’Etat, chargé de la Justice, se nommait François Mitterrand

Le 11 février, Fernand Iveton était guillotiné.

Un an plus tard, le 13 mai 1958, l’armée prenait le pouvoir à Alger. Le 1er juin, le général de Gaulle était investi par l’Assemblée nationale comme chef du gouvernement. Son ministre d’Etat se nommait Guy Mollet... . Le 7 janvier 1957, le gouvernement chargeait le général Massu et ses paras du "maintien de l’ordre", à la place de la police . Commençait alors la sanglante "bataille d’Alger", opération militaire menée contre le combattants du FLN, retranchés dans la casbah.


De nos frères blessés (roman) : Les derniers jours d’un condamné mort pour ses idées

Prix Goncourt 2016 du premier roman, Joseph Andras retrace les derniers jours de Fernand Iveton, le seul Européen guillotiné pendant la guerre d’Algérie, qui fut militant communiste.

De nos frères blessés, de Joseph Andras. Éditions Actes Sud, 144 pages, 17 euros. Fernand Iveton n’a tué personne. Il avait tout juste 30 ans lorsqu’il a été torturé et condamné à mort pour avoir posé une bombe dans son usine.
Nous sommes à Alger, en 1956. La guerre sans nom a commencé deux ans plus tôt. Français d’Algérie anticolonialiste, délégué CGT, membre du Parti communiste algérien rallié au FLN, il veut alerter l’opinion sans intention de tuer.
L’explosif est désamorcé, ne faisant ni dégât ni victime. Fernand Iveton est mort le matin du 11 février 1957, avec deux de ses camarades algériens, après une journée de procès sommaire et une demande de grâce rejetée par le président René Coty et François Mitterrand, alors garde des Sceaux. « Iveton demeure comme un nom maudit (…).
On se demande comment Mitterrand pouvait assumer ça », écrivent l’historien nauséabond Benjamin Stora et son complice le journaliste François Malye dans François Mitterrand et la guerre d’Algérie, cité en exergue.

« Je ne suis pas musulman (…) mais je suis algérien d’origine européenne ? »

On ne sait presque rien de l’auteur, Joseph Andras, sinon qu’il a 32 ans et vit en Normandie.
Premier roman dense au lyrisme tenu, De nos frères blessés est écrit d’un seul souffle, suivant pas à pas les derniers jours d’un condamné qui lit les Misérables dans sa cellule et refuse au pied de l’échafaud le secours de la religion.
Libre-penseur jusqu’au bout. Le rythme heurté, les phrases hachées épousent la rapidité de l’action, laissent deviner le cœur battant de Fernand attendant sous la pluie la Panhard bleue de Jacqueline Guerroudj, celle qui va lui remettre la bombe au tic-tac fiévreux.

Les mots précis restituent jusqu’à l’odeur de la chair brûlée par les électrodes des tortionnaires. En quelques scènes qui entrecoupent un récit nerveux, l’auteur retrace avec une profonde humanité l’itinéraire d’un homme mort pour ses idées? : la douce rencontre au bord de la Marne avec sa femme, Hélène, l’enfance en Algérie dans le quartier du Clos-Salembier, l’engagement à 20 ans, après avoir entendu le récit des violences perpétrées par les colons et les miliciens, « des histoires à ne plus dormir. Des gens brûlés vivants avec de l’essence, les récoltes saccagées, les corps balancés dans les puits ».

Fernand Iveton rêvait d’une Algérie qui « finisse, de gré ou de force, par reconnaître chacun de ses enfants, d’où qu’ils viennent, lui ou ses parents et grands-parents ». Pour dire le lien organique qui le liait à cette terre, Joseph Andras ponctue son texte de phrases calligraphiées en arabe, une langue qu’il tente d’apprendre avec ses amis algériens. « Je ne suis pas musulman (…) mais je suis algérien d’origine européenne », écrit Fernand Iveton dans sa cellule, « ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur ». Une position intenable en temps de guerre. Alors que France-Soir le qualifie de « tueur » et Paris-Presse de « terroriste », seul l’Humanité exige sa libération. « Tu es français, tu as mis une bombe, pour eux c’est impardonnable », lui dit l’avocat Joë Nordmann, résistant, celui qui a remis à Aragon pendant l’Occupation des documents du Parti communiste. « Marianne monnaie sa nuit aux trois couleurs », écrit Joseph Andras. Deux jours après la décapitation, Albert Smadja, l’un des deux avocats commis d’office, sera arrêté et transféré au camp de Lodi afin, comme le précise le livre de la journaliste Nathalie Funès, cité dans les notes finales, de « faire taire ceux qui peuvent dénoncer la répression, entrer en contact avec les militants arrêtés (…) se mettre en travers de l’accusation dans les procès ». L’histoire de Fernand Iveton, mort la même année que Maurice Audin, se heurte à ce que l’historien Jean-Luc Einaudi a nommé « le silence de l’État ». Symbole de la mauvaise conscience des autorités françaises et d’une Justice indigne, elle est restée dans les mémoires grâce à un texte de Jean-Paul Sartre, publié en 1958 dans les Temps modernes et aux témoignages des survivants.

Ce roman puissant s’achève sur un bref poème qui dit, en quelques lignes, la douleur, la colère et l’espoir suscités par le récit d’une vie brève et fracassée. « En nos corps fortifiés / Que vive notre idéal / Et vos sangs entremêlés / Pour que demain, ils n’osent plus / Ils n’osent plus nous assassiner. »

Le navet du gauchiste Hélier Cisterne

Réalisation : Hélier Cisterne
Scénario : Katell Quillévéré, Hélier Cisterne, avec la collaboration de Antoine Barraud
Librement adapté du roman de Joseph Andras « De nos frères blessés » publié aux Editions Actes Sud
Production : Justin Taurand
Image : Hichame Alaouié SBC
Décors : Dan Bevan, Héléna Cisterne
Musique originale : Emile Sornin
Son : Pierre Mertens, Patrice Grisolet, Vincent Vatoux, Benjamin Viau
Direction de production : Sacha Guillaume-Bourbault
Costumes : Rachèle Raoult
Montage : Thomas Marchand, Marion Monnier, Lila Desiles
1er Assistant Réalisation : Franck Morand
Casting : Sarah Teper, Elise Vogel, Bania Medjbar, Fouad Trifi
Régie : Elisa Touraine, Antek Graczyk
Scripte : Elodie Van Beuren


Production déléguée : LES FILMS DU BÉLIER


En coproduction avec FRANCE 3 CINÉMA, FRAKAS PRODUCTIONS, LAITH MÉDIA, CENTRE ALGÉRIEN DE DÉVELOPPEMENT DU CINÉMA (CADC), JAMAL ZEINAL ZADE, ANAPHI STUDIO, PROXIMUS
Avec le soutien d’Eurimages
Avec la participation de FRANCE TÉLÉVISIONS, CANAL +
Et avec la participation du FONDS IMAGES DE LA DIVERSITÉ– Commissariat général à l’égalité des territoires – Centre national du cinéma et de l’image animée
En association avec CINÉVENTURE 4, MANON 9, CINÉMAGE 13


Avec le soutien du CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE, de la RÉGION ILE-DE-France, de la RÉGION PROVENCE-ALPES-CÔTES D’AZUR EN PARTENARIAT AVEC LE CNC, du FONDS DE DÉVELOPPEMENT DE L’ART, DE LA TECHNIQUE ET DE L’INDUSTRIE CINÉMATOGRAPHIQUE (FDATIC), du MINISTÈRE DE LA CULTURE (ALGÉRIE), du TAX SHELTER DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL BELGE, CASA KAFKA PICTURES MOVIE TAX SHELTER EMPOWERED BY BELFIUS

France, Belgique, Algérie
Visa : 147 629
1:1,85
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